{"id":31106,"date":"2013-05-01T12:34:42","date_gmt":"2013-05-01T16:34:42","guid":{"rendered":"https:\/\/archive.cafe.crea.ca\/pour-comprendre-un-contrat-il-faut-peser-chaque-mot\/"},"modified":"2021-09-14T11:48:56","modified_gmt":"2021-09-14T15:48:56","slug":"pour-comprendre-un-contrat-il-faut-peser-chaque-mot","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/archive.cafe.crea.ca\/fr\/pour-comprendre-un-contrat-il-faut-peser-chaque-mot\/","title":{"rendered":"Pour comprendre un contrat, il faut peser chaque mot"},"content":{"rendered":"<p>Il y a pire que les grands mots : les grands mots qui forment de longues phrases. Pire encore : Les grands mots qui forment de longues phrases dans un contrat. Et pire encore : des phrases et des mots courts, ce qui induit un faux sentiment de s\u00e9curit\u00e9 en vous faisant croire que vous saisissez le contrat.<\/p>\n<p>Grave erreur! Exemple concret : Dans une d\u00e9cision qu&rsquo;elle a rendue r\u00e9cemment, la Cour d&rsquo;appel de la Colombie-Britannique maintient que l&rsquo;acheteur a renonc\u00e9 au d\u00e9p\u00f4t qu&rsquo;il a effectu\u00e9 dans le cadre d&rsquo;une transaction immobili\u00e8re lorsqu&rsquo;il n&rsquo;est pas parvenu \u00e0 conclure la transaction, et ce, m\u00eame si le propri\u00e9taire-vendeur n&rsquo;a pas pu prouver qu&rsquo;il a subi des dommages.<\/p>\n<p>La d\u00e9cision sugg\u00e8re-t-elle donc que, lorsqu&rsquo;un acheteur ne parvient pas \u00e0 conclure une transaction, le d\u00e9p\u00f4t est automatiquement accord\u00e9 au propri\u00e9taire-vendeur, et ce, m\u00eame s&rsquo;il n&rsquo;y a pas de dommage? Ce serait trop simple. La d\u00e9cision sous-entend que les mots sont sournois et qu&rsquo;il est pr\u00e9f\u00e9rable d&rsquo;y porter attention quand on r\u00e9dige un contrat.<\/p>\n<p>Dans cette cause, l&rsquo;acheteur a sign\u00e9 une offre inconditionnelle de 2 030 000 $. La propri\u00e9t\u00e9 se trouvait \u00e0 Vancouver, ce qui veut dire qu&rsquo;elle avait besoin d&rsquo;\u00eatre r\u00e9nov\u00e9e. Le d\u00e9p\u00f4t s&rsquo;\u00e9levait \u00e0 100 000 $.<\/p>\n<p>Le contrat stipulait que, si l&rsquo;acheteur ne parvenait pas \u00e0 conclure la transaction, le montant pay\u00e9 par l&rsquo;acheteur serait enti\u00e8rement accord\u00e9 au propri\u00e9taire-vendeur [&#8230;] en raison des dommages, et ce, sans porter atteinte aux autres recours du propri\u00e9taire-vendeur.<\/p>\n<p>L&rsquo;acheteur n&rsquo;a jamais conclu la transaction, et le propri\u00e9taire-vendeur a \u00e9ventuellement vendu la propri\u00e9t\u00e9 \u00e0 un prix plus \u00e9lev\u00e9; il n&rsquo;a donc pas subi de perte. L&rsquo;acheteur a pr\u00e9sent\u00e9 un argument que les non-initi\u00e9s appelleraient raisonnable : le d\u00e9p\u00f4t devait s&rsquo;appliquer \u00e0 tout dommage r\u00e9ellement encouru; puisqu\u2019il n\u2019y a pas eu de dommage, remettez-moi mon d\u00e9p\u00f4t. Le propri\u00e9taire a exprim\u00e9 sa d\u00e9sapprobation, de m\u00eame que le tribunal.<\/p>\n<p>La d\u00e9cision \u00e9nonce d\u2019abord qu&rsquo;un d\u00e9p\u00f4t est remboursable ou non remboursable, selon la formulation du contrat. Elle affirme ensuite que l&rsquo;interpr\u00e9tation de la formulation du contrat ne consiste pas simplement \u00e0 examiner les mots qui le constituent. Les mots n&rsquo;existent pas en vase clos. Il faut consid\u00e9rer l&rsquo;endroit o\u00f9 ils se trouvent dans le contrat, et ensuite, toutes les circonstances qui entourent l\u2019ex\u00e9cution du contrat.<\/p>\n<p>Le tribunal a d\u00e9clar\u00e9 que le d\u00e9p\u00f4t servait \u00e0 deux fins : un paiement partiel du prix d&rsquo;achat, ainsi qu&rsquo;un moyen de motiver l\u2019acheteur \u00e0 ex\u00e9cuter le contrat. Sous le r\u00e9gime de la common law, le d\u00e9p\u00f4t est perdu advenant la non-ex\u00e9cution du contrat, sauf si le contrat pr\u00e9cise manifestement autre chose. En s&rsquo;appuyant sur cette analyse, le tribunal a conclu que les mots \u00ab en raison des \u00bb signifient que, dans toute poursuite subs\u00e9quemment intent\u00e9e contre l&rsquo;acheteur pour ne pas avoir conclu la transaction, le d\u00e9p\u00f4t serait appliqu\u00e9 aux dommages-int\u00e9r\u00eats autrement accord\u00e9s par le tribunal. La clause visait donc \u00e0 emp\u00eacher le double recouvrement de dommages r\u00e9els, mais elle n&rsquo;oblige pas le propri\u00e9taire-vendeur \u00e0 prouver l&rsquo;existence de dommages pour conserver le d\u00e9p\u00f4t.<\/p>\n<p>Le propri\u00e9taire-vendeur a r\u00e9alis\u00e9 un \u00e9norme profit, et je suppose que l&rsquo;agent de l&rsquo;acheteur a d\u00fb r\u00e9pondre \u00e0 des questions g\u00eanantes de la part de son ancien client.<\/p>\n<p>La morale de cette histoire : les contrats ne s&rsquo;\u00e9quivalent pas tous. Chaque mot a son sens, et ce sens peut ne pas \u00eatre ce que vous croyez. Alors, faites attention aux mots. Votre client vous en remerciera (en ne vous poursuivant pas en justice).<\/p>\n<p><em>L\u2019article ci-dessus est publi\u00e9 \u00e0 titre d&rsquo;information; il ne constitue nullement des conseils juridiques et ne saurait remplacer un conseiller juridique.<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il y a pire que les grands mots : les grands mots qui forment de longues phrases. Pire encore : Les grands mots qui forment de longues phrases dans un contrat. 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